Max Lobe - Confidences

J’ai lu… Confidences de Max Lobe

La guerre coloniale qui a eu lieu au Cameroun reste un des plus grands tabous dans l’histoire de ce pays. Dans Confidences, Max Lobe retourne au Cameroun pour avoir des réponses sur les zones d’ombre de cette histoire. Il nous la relate à travers le personnage de Ma’a Maliga, une dame âgée de quatre vingts ans qui a vécu cette époque-là.

Confidences nous raconte Um Nyobè, mais sous le prisme d’un personnage qui lui est à la fois éloigné et pourtant proche. Max Lobe retourne au pays pour en savoir plus sur l’histoire de l’indépendance. On ressent très bien ce malaise lorsqu’on essaye d’en savoir plus et que devant, nous n’avons pas d’informations. Pourtant, ne dit-on pas que pour savoir où l’on va, il faut savoir d’où l’on vient? Dans ce livre, Ma’a Maliga a parlé à Max L. de sa vie de tous les jours en tant que jeune fille bassa, ses relations avec sa famille, sa détention avec d’autres citoyens, dans des camps coloniaux pendant des mois et enfin, la mort de Um Nyobè.

L’histoire

Ma’a Maliga est originaire du même village que Ruben Um Nyobè, Mpodol (porte-parole) du mouvement indépendantiste camerounais. Elle a vécu au plus près des événements très importants et c’est son histoire qui est au cœur du livre. De manière générale, ce qu’on retient de Um Nyobè c’est qu’il était un « maquisard » mais il était plus que ça…  Ceux qui étaient là ou qui en savent quelque chose ont peur d’en parler, et ceux qui n’étaient pas (encore) là n’en savent pas grand chose.

Tombe de Ruben Um Nyobe
(c) http://yesafrica-foundation.org/

Il n’est assurément pas faux que pour savoir où l’on va, il faut savoir d’où l’on vient. C’est en cela que j’ai aimé Confidences. C’est un roman sur la quête. Une quête d’identité qui est celle de l’auteur, installé en Suisse depuis plusieurs années: «Pourquoi suis-je venu jusqu’ici ? Cette histoire, mon histoire ? Pourquoi suis-je venu jusqu’ici ? ». J’ai encore plus aimé l’angle par lequel l’auteur a pris la chose et l’a surtout retransmise. Il alterne entre le récit de Ma’a Maliga et son esprit ainsi que les anecdotes de son séjour. Le style oral utilisé est ce qui rend le livre facile à lire et à comprendre malgré les 286 pages.

Parlant de Ma’a Maliga, elle raconte son enfance, à la manière des « vieux »: On passe des moments touchants aux moments de fou rire avec une aisance particulière. On a l’impression d’être en face de la vieille et c’est impressionnant. J’ai rigolé à ses interjections , je l’ai entendue le dire avec un fort accent Bassa « Vooooilààà… » ou encore « Ekiééé?… »

J’ai versé une larme à 3 reprises:

  1. Lorsqu’elle arrive à Douala accompagnée de sa tante et qu’elles tombent sur une extermination des Camerounais par l’armée coloniale;
  2. Lorsqu’elle parle du temps passé dans les camps de concentration et particulièrement lorsque Ngo Gnèm ‘Ngui, fille de Gnèm Njé, l’homme au coeur de lion, est devenue une Mpodol (porte parole). Elle a d’ailleurs donné naissance dans un de ces camps où elle était retenue avec d’autres Camerounais;
  3. Lorsqu’ils arrivent à la tombe de Um Nyobe, laquelle ne paye pas de mine 🙁 

La guerre d’indépendance au Cameroun

C’est fou quand même les silences autour de la guerre d’indépendance au Cameroun. Les dénis viennent autant du Cameroun que de la France. Pierre Messmer, haut-commissaire de la France à Yaoundé entre 1956 et 1958, a d’ailleurs déclaré que« La France accordera l’indépendance à ceux qui la réclamaient le moins, après avoir éliminé politiquement et militairement ceux qui la réclamaient avec le plus d’intransigeance.  » Et à voir la place des « Pères Fondateurs » dans notre histoire, j’ai peur que les jeunes que nous sommes ne retiennent d’eux que le mot « maquisard ». Personnellement, ça me donne envie de lire Kamerun et Les Maquisards (je mets ça ici au cas où vous cherchez quoi m’offrir :p)

Passion lecture #FadySWishlist #Team237

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Quelques passages que j’ai aimé:

  • Il y a un temps pour se lancer la pierre et un temps pour s’embrasser.

  • L’importance des belles-soeurs: « Tu sais, les belles soeurs chez nous c’est important, hein! Oui! Oui! C’est même très important! Ce sont elles qui choisissent la femme que va épouser leur frère. La dot ne se négocie pas sans elles. Ce sont elles qui font les mariages . Ce sont toujours elles qui peuvent les défaire comme ça comme elles les ont construits. Je te dis que rien ne se fait sans elles. Rien du tout. Il faut leur donner le respect qu’elles vous demandent, peu importe combien c’est grand. Même si c’est énorme comme une montagne, il faut seulement le leur donner pour éviter les palabres grandes comme ça comme l’histoire de Kundè de Um Nyobè et de ses amis.

  • En public ma mère faisait toujours la soumise, l obéissante, transuille-transuille. Elle faisait tout ce que l’on attendait une femme respectable […] Mais ça, mon fils, c était en public. Parce qu’en privé, je peux même dire que c’est le contraire qui se passait.

  • Oh mon fils, les gens n’aiment vraiment pas les gens!

  • N’est-ce pas que c’est ce que nous voulions du Kundè? avoir le choix de dire oui ou non. Avoir le choix de s’occuper de nous-mêmes.

  • Dans la vie, il y a ceux qui avancent, ceux qui font du sur place, puis ceux qui régressent inexorablement.

  • Chez nous ici, lorsqu’un homme apporte une bouteille de whisky aux parents d’une fille en âge de se marier, on comprend tout de suite sa part de message: il vient demander sa main. On appelle ça le Nkoum’Koya, frapper à la porte.

  • Au pays, c’est la première chose à sauver, en cas d’alerte, sa bière.

  • Un enfant c’est l’enfant de tout le monde. A nous les femmes, Nyambè le Dieu tout Puissant nous a seulement donné l ventre pour porter ça et accoucher. Une fois que c’est sorti, aaah, c’est fini! Je dis que c’est fini-terminé »! Ca ne nous appartient plus!

  • Better nous restons ici dans le camp au lieu de mourir dehors comme ça comme des animaux de la brousse

  • Tout dépendait de comment les gens croyaient aux pouvoirs de nos traditions de chez nous ici.

  • Pourquoi chercher à déterrer quelque chose que tout le monde, même les victimes que tu vas déranger, veut oublier?

  • Quand ça te dépasse en taille, tu abandonnes seulement.

Mon verdict:

Comme je l’ai dit sur mon compte Instagram, j ai appris quelques trucs que j’ignorais de cette guerre cachée d’indépendance au Cameroun. Et je reste convaincue que si on ne connaît pas notre histoire et que nous ne nous réconcilions pas avec celle ci, nous ne sommes pas vraiment unis en tant que Camerounais. Ce livre vaut la peine d’être lu.

Salam, Salut! 🙂

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